Il a quitté son poste à la banque. Il a suivi un cours de médecine traditionnelle en ligne. Puis il a emprunté le certificat de praticien d’une tierce personne et s’est autoproclamé guérisseur. Résultat : une entreprise de fraude médicale à quatre départements, près de 87 000 commandes, et des dizaines de victimes atteintes d’œdèmes et de nécroses.
La police de Thanh Hóa, province du centre du Vietnam, à environ 150 km au sud de Hanoi, a démantelé en février 2026 le réseau frauduleux de la Phòng chẩn trị y học cổ truyền Hoàng Minh Đường — la Clinique de médecine traditionnelle Hoàng Minh Đường. De 2023 à 2025, cette fausse clinique a engrangé plus de 227 milliards de dôngs — environ 9,2 millions de dollars américains — en vendant à des milliers de patients un remède à base de plantes présenté comme un « traitement articulaire transmis de génération en génération depuis trois siècles ».
L’EX-BANQUIER QUI SE PRENAIT POUR UN MÉDECIN
Hoàng Văn Toàn, né en 1986, avait d’abord travaillé comme employé de banque. Il a quitté son emploi. Il a suivi un cours en ligne de médecine traditionnelle. Il a ensuite emprunté un certificat de praticien à une autre personne pour obtenir une façade légale.
Avec son complice Lê Đình Tiến, né en 1996, il a structuré l’opération comme une véritable entreprise. Quatre départements ont été mis sur pied : consultations médicales directes, consultations en ligne sur les réseaux sociaux, marketing, et administration. Les représentants commerciaux avaient été formés à des scripts psychologiques. Ils se présentaient sous de faux titres — médecin, lương y (praticien agréé de médecine traditionnelle) — et garantissaient une guérison à 100 %.
DE LA BOUE DANS DES SACHETS ZIP
Le produit phare, le Thảo dược đắp xương khớp Hoàng Minh Đường — cataplasme articulaire aux herbes Hoàng Minh Đường —, était présenté comme un remède ancestral de trois générations. L’enquête a révélé la réalité : des tiges de plantes et des feuilles de source inconnue, broyées dans des conditions non hygiéniques, puis emballées dans des sachets zip.
Les organisateurs ont dépensé des milliards de dôngs en publicité sur Facebook et TikTok. Leur cible : les personnes âgées et les travailleurs à faible revenu. Pour accentuer leur crédibilité, ils ont découpé des images provenant de chaînes de télévision reconnues et utilisé le nom d’associations de médecine traditionnelle sans autorisation.
Quand des clients ont signalé des effets indésirables — démangeaisons, cloques —, les opérateurs ont joint à leur prochain envoi de la tétracycline, un antibiotique sur ordonnance, sans aucune supervision médicale.
NÉCROSES ET ŒDÈMES
Le bilan médical est sévère. Plusieurs patients ont développé des œdèmes et des nécroses après utilisation du produit. La police a lancé ses perquisitions le 4 février 2026 dans deux sites : la commune de Bá Thước dans la province de Thanh Hóa, et le quartier de Thanh Xuân à Hanoi. Les enquêteurs ont saisi du matériel de fabrication, des ordinateurs, des téléphones et les scripts de vente utilisés par les représentants.
Le 10 février 2026, l’Agence de sécurité et d’enquête de la police provinciale de Thanh Hóa a inculpé Hoàng Văn Toàn, Lê Đình Tiến et dix autres personnes pour « escroquerie et appropriation de biens » en vertu de l’article 174 du Code pénal vietnamien. Le colonel Lê Ngọc Anh, directeur adjoint de la police provinciale, a supervisé l’opération directement.
UNE CLINIQUE LICENCIÉE, UN PROPRIÉTAIRE FANTÔME
La clinique Hoàng Minh Đường détenait un permis d’exploitation délivré par le Département de la santé de Thanh Hóa depuis le 15 octobre 2012 — sous le nom d’une certaine Hoàng Thị Nhung, désignée comme responsable technique. Hoàng Văn Toàn n’apparaissait dans aucun registre officiel.
Le Département de la santé de Thanh Hóa avait repéré des anomalies dès le début de 2025 et lancé une inspection surprise le 24 août 2025. Les enquêteurs ont relevé de multiples infractions : publicité non autorisée, consultations en ligne sans déclaration, usage d’un remède non approuvé, et emploi frauduleux de titres professionnels. La clinique a écopé d’une amende administrative de 82 millions de dôngs — un peu plus de 3 000 dollars canadiens (environ 2 200 dollars américains) — avant que les poursuites criminelles ne s’ouvrent.
Au Vietnam, le marché de la médecine traditionnelle est vaste et la réglementation demeure lacunaire. Les autorités conseillent aux citoyens de ne pas se procurer de remèdes non homologués sur les réseaux sociaux et de signaler tout cas suspect aux services compétents.
Source : Báo Lâm Đồng, 13 mars 2026
