Un pasteur évangélique argentin qui affirmait que Dieu avait oint son sperme est décédé derrière les barreaux le 13 mai 2026. Isaías Nelson Hurtado, fondateur d’une secte à Mar del Plata (ville côtière à environ 400 km au sud-est de Buenos Aires), purgeait une peine de 24 ans et demi pour abus sexuels aggravés et traite d’êtres humains. Il a succombé à une endocardite infectieuse (infection des valves cardiaques) dans une chambre de l’Hôpital interzonal d’Ezeiza (près de Buenos Aires), à moins de dix ans du début de sa sentence.
Le Tribunal oral fédéral n° 1 de Mar del Plata l’avait condamné à l’unanimité en décembre 2019. Les juges avaient qualifié son organisation de « secte destructrice » dans un jugement de deux cents pages. La définition retenue était celle du Congrès de Wingspread de 1985 : un mouvement totalitaire qui use de persuasion coercitive pour induire une dépendance totale envers son chef.
La mécanique d’abus reposait sur une théologie très précise. Une victime a témoigné lors du procès devant le Tribunal fédéral de Mar del Plata : « Il disait que son sperme était béni par Dieu, que ses descendants étaient donc bénis eux aussi, et que l’autorité que Dieu lui avait conférée se transmettait à travers l’acte sexuel — c’est pourquoi il ne couchait pas avec n’importe qui, seulement avec celles que Dieu lui révélait. » La cour a jugé que tout consentement apparent était légalement nul. Les victimes avaient été méthodiquement privées de leur jugement autonome. Refuser Hurtado revenait à refuser Dieu.
UN APÔTRE SORTI D’UNE GROTTE
Hurtado était chilien de naissance. Il s’était installé à Mar del Plata et avait fondé le Ministerio Apostólico y Profético Monte Sión autour de 2007. Sa légitimité reposait sur une révélation personnelle : quarante jours de jeûne dans une grotte, au terme d’une vision divine. Il se faisait appeler « l’Apôtre », « l’Oint de Dieu » et « le Père des Nations ». Son temple occupait le O’Higgins 333, dans le quartier San Carlos — à quelques mètres de sa propre maison. Il gérait également FM Sión, une station de radio locale.
Les premières rencontres étaient conviviales. Après environ un mois, Hurtado organisait un entretien privé avec chaque nouveau membre — présenté comme un privilège. Il en extrayait les traumatismes intimes, les dettes, les histoires d’abus et les conflits familiaux. Ces informations devenaient ensuite des instruments de contrôle.
LES CHIENS FIDÈLES
Les mécanismes de coercition étaient méthodiques. Les membres ne pouvaient pas quitter les services avant la fin — tous devaient faire la queue pour saluer personnellement Hurtado. Des autorisations étaient requises pour tout : aller à la plage, jouer au football. Beaucoup avaient remis leurs cartes de crédit et leurs salaires. Plusieurs travaillaient sans rémunération dans une boulangerie de la rue Vélez Sarsfield — dont les revenus allaient à Hurtado seul. Ce point a fondé les condamnations pour traite d’êtres humains.
Hurtado séparait les membres de leur famille. « Dieu m’a dit que ton mari ne t’aime pas » est l’exemple type relevé lors du procès. Les ex-membres étaient publiquement déclarés « possédés par des esprits mauvais ». Son cercle rapproché — qu’il appelait ses perros fieles (chiens fidèles) — surveillait la congrégation et avait physiquement battu au moins une personne qui tentait de partir. Depuis sa cellule de détention provisoire à Ezeiza, il avait menacé plusieurs fidèles : « Celui qui me trahit, je le tue. »
LA SENTENCE ET LA MORT
Hurtado a été arrêté en juillet 2016. Des anciens membres avaient porté plainte. Le procureur général fédéral Juan Manuel Pettigiani a conduit l’accusation devant les juges Roberto Falcone, Mario Portela et Alfredo Ruiz Paz. La condamnation a été prononcée le 23 décembre 2019 : 24 ans et 6 mois d’emprisonnement. Les chefs retenus : abus sexuels avec pénétration — aggravés par la qualité de ministre du culte —, traite d’êtres humains aux fins de servitude portant sur vingt personnes dont deux mineures, et coercition. Sa compagne Patricia Padilla a écopé de dix ans pour complicité nécessaire dans la traite. La Chambre fédérale de cassation a confirmé la condamnation.
À l’énoncé du verdict, Hurtado a déclaré devant le tribunal : « Je suis innocent des crimes, mais coupable de mes erreurs. »
La cour a ordonné la confiscation du temple, des véhicules, du matériel radio et des comptes bancaires — le tout versé aux victimes.
Le 13 mai 2026, Hurtado est décédé d’une endocardite infectieuse à l’Hôpital interzonal d’Ezeiza. Il laisse un enfant dont la paternité a été établie par test ADN — un enfant né d’une de ses victimes.
