Lee Man-hee, 94 ans, fondateur du « culte » Shincheonji et prophète auto-proclamé, a été arrêté le 24 juin 2026 à Séoul pour avoir fait inscrire 56 472 membres de son église au Parti du pouvoir du peuple (PPP), le principal parti conservateur de Corée du Sud, entre 2021 et 2024, en échange d’un traitement favorable du gouvernement, notamment l’octroi de permis de construire, selon le Seoul Economic Daily du 24 juin 2026. Lee était sous probation depuis janvier 2021, condamné pour détournement de fonds dans une affaire distincte liée à la pandémie de COVID-19. Le 28 juin, le tribunal a rejeté sa demande de mise en liberté provisoire. Il demeure en détention.
Le seul homme à avoir reçu la révélation
Shincheonji — terme coréen qui signifie « nouvelle terre et nouveau ciel » (신천지) — a été fondé le 14 mars 1984 par Lee Man-hee dans la région de Séoul. Né le 15 septembre 1931 à Cheongdo, dans la province du Gyeongsang du Nord, sous l’occupation japonaise de la Corée, Lee avait appartenu à deux mouvements protestants coréens : l’Arbre d’olivier, puis l’Église du Tabernacle (장막성전). Sa première arrestation date de cette époque : il avait été poursuivi pour diffamation pour avoir critiqué publiquement le chef de l’Église du Tabernacle, qu’il allait quitter pour fonder sa propre organisation.
La doctrine de Shincheonji repose sur une affirmation centrale : Lee Man-hee est le seul être humain à avoir reçu la révélation correcte et complète du Livre de l’Apocalypse. Selon ses enseignements, certains événements décrits dans l’Apocalypse se sont déjà produits en Corée du Sud. Ceux qui n’appartiennent pas à Shincheonji seront « refusés en grâce et détruits » lors du Jugement dernier. Les fidèles considèrent Lee comme immortel et infaillible.
La structure de l’organisation reflète cette théologie. Les enseignements descendent de Lee vers un secrétaire en chef, puis vers des chefs de succursale régionale, des pasteurs locaux, et enfin les associations d’hommes, de femmes et de jeunes. Chaque niveau transmet sans modifier. L’organisation compterait environ 200 000 membres dans le monde.
La COVID et la liste manquante
Le 18 février 2020, une femme de 61 ans — désignée par les autorités sanitaires sous l’appellation « patient 31 » — a participé à plusieurs services religieux de Shincheonji à Daegu malgré des symptômes actifs. Les Korea Centers for Disease Control and Prevention ont établi que les pratiques de rassemblement de l’église — fidèles assis en rangs serrés, services prolongés — avaient contribué à la diffusion rapide du virus parmi les membres. Lee Man-hee a qualifié la pandémie d’« œuvre du diable destinée à stopper la croissance de la secte », a-t-il déclaré selon CNN du 22 février 2020. À l’été 2020, plus de 5 200 cas de COVID-19 — soit 36 % du total national sud-coréen à cette date — avaient été reliés à Shincheonji par les autorités sanitaires.
Le maire de Séoul, Park Won-soon, a annoncé le 1er mars 2020 avoir déposé une plainte criminelle pour homicide contre Lee Man-hee et douze autres responsables de l’organisation, leur reprochant d’avoir refusé de transmettre les listes de membres aux autorités de traçage des contacts, invoquant la protection de la vie privée des fidèles, selon Reuters du 2 mars 2020.
Lee Man-hee a été arrêté le 31 juillet 2020. En janvier 2021, le tribunal de district de Suwon l’a acquitté sur les charges liées à la loi sur le contrôle des maladies infectieuses. Il a en revanche été déclaré coupable de détournement de 5,6 milliards de wons (environ 4,7 millions de dollars) et d’obstruction aux affaires publiques, et condamné à trois ans d’emprisonnement. Il a été remis en liberté sous une période de probation de quatre ans.
Le Projet Pilates
Six mois après sa condamnation, Lee Man-hee a lancé ce que les enquêteurs ont nommé l’« Opération Pilates » (필라테스 작전). Entre juillet et septembre 2021, plus de 50 000 membres de Shincheonji ont été inscrits comme adhérents responsables du PPP, selon le Seoul Economic Daily du 24 juin 2026. L’objectif : influencer l’élection primaire interne du parti, alors dominée par la candidature de Yoon Suk-yeol à l’élection présidentielle. En 2024, à l’approche des élections législatives de la 22e Assemblée nationale, 10 000 membres supplémentaires ont été inscrits. Le total établi par les enquêteurs s’élève à 56 472 fidèles enrôlés.
Les instructions ont suivi la même chaîne hiérarchique que les enseignements théologiques : de Lee vers son secrétaire en chef, puis vers les chefs de succursale, les pasteurs, et les associations. En contrepartie, Shincheonji attendait du gouvernement PPP un traitement favorable — notamment l’octroi de permis de construire pour les installations de l’église.
Les charges retenues : violation de la loi sur les partis politiques et obstruction aux affaires.
L’enquête qui s’élargit
En janvier 2026, un groupe d’enquête conjoint police-parquet a été constitué pour examiner ce que les médias coréens désignent sous le terme « 정교유착 » — la collusion religion-politique. L’enquête couvre également l’Église de l’Unification, dont la direction fait l’objet de procédures judiciaires depuis la mort de son fondateur Moon Sun-myung — notamment des accusations de détournement formulées contre sa successeure, comme l’a rapporté NNW en mai 2026.
Le 4 juin 2026, Lee Man-hee a été convoqué par les enquêteurs et interrogé pendant sept heures. Le 22 juin, les autorités ont demandé au tribunal de délivrer un mandat d’arrêt. Le 24 juin, après une audience de trois heures, le mandat a été accordé.
Une liberté provisoire refusée
Le 26 juin 2026, Lee Man-hee a déposé une demande de 구속적부심. Cette procédure permet à un prévenu maintenu en garde à vue de contester légalement son maintien en détention. Dans sa requête, selon SBS News du 25 juin 2026, il a invoqué son « grand âge de 95 ans » et son état de santé.
Le 28 juin 2026, à 18 h 25 (heure de Séoul), le juge Park Chan-beom a rendu sa décision. Selon Financial News du 28 juin 2026 : « 청구 이유가 없다. »
Il n’y a aucune raison pour cette demande.
