Le président du comité d’intégrité du Parlement irakien, Ziad al-Janabi, et sa vice-présidente, Alia Nassif, figurent parmi les 47 élus et hauts responsables arrêtés pour corruption à l’aube du dimanche 28 juin, à Bagdad et dans quatre provinces. Les deux parlementaires dirigeaient l’organe chargé de surveiller la probité de l’État irakien. Ils sont accusés, avec dix autres députés, d’enrichissement illicite et de dilapidation des fonds publics, selon l’agence de presse d’État INA.
Des chars Abrams ont accompagné les forces du service de contre-terrorisme et de l’armée pendant les perquisitions, rapporte Al Jazeera. Les accès à la Zone verte — le quartier fortifié qui abrite le gouvernement, le Parlement et les ambassades — ont été bouclés avant le lever du soleil. L’aéroport international de Bagdad a resserré ses contrôles pour empêcher toute fuite, selon des employés cités par la chaîne. Le service de contre-terrorisme avait été créé pour combattre Al-Qaïda, puis le groupe État islamique.
L’opération est sans précédent, selon l’analyste politique Hamza Mustafa. Ses conséquences seront lourdes, a-t-il déclaré à Al Jazeera le 28 juin, parce qu’elle représente une forme de « coup d’État » contre un système politique bâti sur « la collusion et les ententes mutuelles ».
La vague d’arrestations repose sur les aveux d’Adnan al-Jumaili, vice-ministre du Pétrole surnommé « la baleine du pétrole » dans la presse irakienne. Il a été arrêté le 30 mai dans la province de Salahuddin, peu après avoir été démis de ses fonctions de directeur général de la North Refineries Company. Les agents ont trouvé environ 11 millions de dollars américains en sa possession, selon Al Jazeera. L’enquête a ensuite mené à la saisie de centaines de milliards de dinars — l’équivalent de centaines de millions de dollars —, de liasses de billets enterrées, de propriétés de luxe et d’or, selon Kurdistan24.
Une offre de 200 millions de dollars
Début juin, le premier ministre Ali al-Zaidi a révélé qu’un haut responsable du ministère du Pétrole lui avait offert 200 millions de dollars, par intermédiaire, pour fermer le dossier, selon le quotidien émirati Al Khaleej du 1er juin. Le premier ministre a refusé. Les interrogatoires se sont poursuivis. Quatre semaines plus tard, le service de contre-terrorisme frappait aux portes de la Zone verte.
L’enquête reproche à un groupe de législateurs d’avoir exploité les ressources de l’État à des fins électorales et touché des commissions sur des contrats gouvernementaux, selon l’INA. Le président du Parlement, Haibat al-Halbousi, a levé l’immunité des députés visés pendant les vacances législatives. Parmi les personnes arrêtées figurent aussi Muthanna al-Samarrai, chef de l’alliance sunnite Azm, un ancien conseiller de l’ex-premier ministre Mohammed Shia al-Sudani et un second haut responsable du ministère du Pétrole.
Ziad al-Janabi, lui, ne se trouvait pas à Bagdad. Le président du comité d’intégrité a été arrêté à Erbil, au Kurdistan, à plus de 300 kilomètres de la capitale, puis remis aux autorités fédérales le jour même, selon l’INA citée par Kurdistan24.
« Comme des pièces de dominos »
Si la campagne garde son rythme, les réseaux de corruption bâtis depuis vingt ans « s’effondreront comme des pièces de dominos », a déclaré le chercheur Talib al-Ahmad à Al Jazeera le 29 juin. Il souligne l’absence, jusqu’ici, de « lignes rouges » dans les poursuites.
Le député Basem al-Gharabi a prévenu, dans le même reportage, que le succès de la campagne ne se mesurera pas au nombre d’arrestations, mais à son application sans sélectivité, sans égard aux partis ni aux fonctions. Le porte-parole du gouvernement, Haidar al-Aboudi, a confirmé à Al Jazeera que les arrestations continuent.
Ali al-Zaidi, un homme d’affaires sans expérience politique, dirige le gouvernement depuis moins de deux mois. Chacun de ses prédécesseurs depuis 2003 avait promis de combattre la corruption. Transparency International classe l’Irak au 136e rang sur 182 pays de son indice de perception de la corruption. Al-Zaidi est attendu à Washington à la mi-juillet pour discuter d’investissements, notamment dans le secteur pétrolier.
L’arrestation des dirigeants d’un organe de surveillance pour les faits qu’ils devaient surveiller suit de deux semaines un cas semblable en Indonésie, où cinq vérificateurs d’État ont été soudoyés pour valider les comptes qu’ils contrôlaient.
La Commission fédérale d’intégrité, l’organe qui a coordonné les mandats d’arrêt, s’est engagée à une transparence totale tout au long de l’enquête, selon un communiqué cité par Kurdistan24 le 28 juin.
