« C31K » : le réseau turc d’adolescents, de la torture animale aux écoles

juin 25, 2026
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Un réseau d’adolescents turcs qui se faisait appeler « Cehennemin 31. Katı » — « le 31e étage de l’enfer » — a été relié par la justice turque à une série de meurtres, à du harcèlement de familles endeuillées et aux fusillades scolaires d’avril 2026. Le groupe, organisé sur Telegram et Discord, a d’abord été signalé en janvier 2024 pour des vidéos de torture sur des chats. Vingt-sept mois plus tard, un élève de 14 ans ouvrait le feu dans son collège de Kahramanmaraş, tuant un enseignant et huit élèves. Le parquet d’Ankara a depuis rédigé un acte d’accusation décrivant une organisation criminelle « d’un genre nouveau » dont le fondateur avait 15 ans.

L’un des canaux Telegram du groupe comptait 109 000 membres, un autre 22 000, selon T24 du 12 septembre 2025. En avril 2026, la police a fermé un canal C31K d’environ 100 000 abonnés, selon Hürriyet du 16 avril 2026.

« Le 31e étage de l’enfer », fondé par un mineur de 15 ans

Le nom du groupe renvoie à une cosmologie : « Cehennemin 31. Katı », abrégé en « C31K », désigne le 31e étage de l’enfer. Le fondateur est désigné dans l’acte d’accusation du parquet d’Ankara par les initiales A.T. Il avait 15 ans lorsqu’il a créé le réseau et utilisait le pseudonyme « Ebu Cehil » — Abou Jahl, figure de l’histoire islamique connue pour son hostilité au prophète Mahomet, selon le chroniqueur Tolga Şardan dans T24 du 17 avril 2026. Odatv a écrit que la véritable identité de l’« Ebu Cehil » à la tête du groupe n’avait pas pu être établie.

Les inscrits entraient dans le système entre 14 et 16 ans, selon le même acte d’accusation. La plupart utilisaient des lignes téléphoniques enregistrées au nom de leurs parents ou de proches. Les prévenus identifiés étaient nés entre 2001 et 2007 et vivaient à Istanbul, Izmir, Kocaeli, Ordu, Şanlıurfa, Ankara, Zonguldak, Bitlis, Erzincan, Mersin, Tekirdağ, Elazığ et Kilis, a rapporté T24 du 17 avril 2026.

La première opération remonte au 13 janvier 2024. Le ministère de l’Intérieur a annoncé l’arrestation de cinq personnes à Istanbul, Mersin, Tekirdağ, Çorum et Karabük, pour cruauté envers les animaux, propagande d’organisation terroriste et diffusion de contenus pédopornographiques, selon Odatv du 13 janvier 2024. Dans les vidéos, des membres frappaient ou électrocutaient des chats. « Voilà comment C31K frappe vos chats. Voici ce qui arrive à quiconque manque de respect à C31K », pouvait-on lire en légende, selon la même source.

Des chats torturés aux familles de victimes harcelées

La note de renseignement à l’origine de l’enquête d’Ankara décrit l’éventail des activités du groupe. Y figurent « des images de torture sur des animaux, des contenus d’abus visant des enfants, des publications insultant les valeurs nationales et religieuses, de fausses dénonciations et des menaces visant des enfants de moins de 18 ans », selon le texte cité par T24 du 17 avril 2026. La note ajoute que des membres appelaient les familles de personnes mortes dans des séismes ou des incendies « pour employer des expressions moqueuses ».

Le réseau publiait aussi des contenus de chantage, de harcèlement sexuel et de menaces visant des filles, partageait des localisations en annonçant des attentats à la bombe, et diffusait des messages d’insulte envers les familles de soldats tués, selon la même note. Le groupe ne s’arrimait à aucune idéologie fixe. Selon l’acte d’accusation cité par Odatv du 18 avril 2026, il planifiait des actions « pour accroître dans la société les sentiments de trouble, de haine et d’hostilité ».

Le 12 septembre 2025, le parquet d’Ankara a mené une opération simultanée dans 14 provinces. Sur 84 comptes analysés, 40 suspects ont été identifiés, dont 17 mineurs ; deux se trouvaient à l’étranger. Trente personnes ont été interpellées, dont 13 mineurs, selon T24 du 12 septembre 2025. Les chefs retenus incluaient la violation de la loi no 7545 sur la cybersécurité, l’accès illégal à des systèmes informatiques, l’enregistrement illégal de données personnelles, l’apologie du crime et la propagande d’organisations terroristes et criminelles, selon Hürriyet du 12 septembre 2025.

Semih Çelik et Ahmet Minguzzi : les meurtres associés

Le 4 octobre 2024, Semih Çelik a tué deux étudiantes de 19 ans, İkbal Uzuner et Ayşenur Halil, à Istanbul, avant de se suicider, selon Wikipédia (en turc). Quatre jours plus tard, le 8 octobre 2024, cinq membres de C31K étaient interpellés au motif d’un lien présumé avec Çelik, selon T24 du 12 septembre 2025. L’examen du téléphone de Çelik a révélé des échanges avec des communautés « incel ».

Le 24 janvier 2025, Mattia Ahmet Minguzzi, 14 ans, a été poignardé à Kadıköy, à Istanbul, par deux mineurs ; il est mort de ses blessures, selon Wikipédia (en turc). Sa mère, Yasemin Minguzzi, a lancé une mobilisation pour la justice. Les données personnelles de Yasemin Minguzzi ont ensuite circulé dans les messageries du groupe, et des messages de menace reçus durant sa campagne provenaient de personnes se présentant comme des membres de la communauté, selon T24 du 12 septembre 2025. L’acte d’accusation cite nommément l’affaire Minguzzi parmi les dossiers « à forte sensibilité sociale » que le groupe a pris pour cible, selon T24 du 17 avril 2026.

Quatorze provinces, un acte d’accusation, un « marş »

Après la fermeture de C31K, ses membres ont poursuivi leurs activités sous le nom de C7K — « le 7e étage de l’enfer ». Le parquet d’Ankara a ouvert une nouvelle enquête après avoir constaté que les deux groupes agissaient de concert, et une opération du 25 novembre 2025 a abouti à 14 interpellations, selon Odatv du 25 novembre 2025. Cinq suspects majeurs ont été renvoyés devant la 27e cour d’assises d’Ankara, le parquet réclamant des peines de 5 à 30 ans, selon Odatv du 18 avril 2026.

L’acte d’accusation établit un organigramme. Derviş D. assurait la coordination interne ; Dilara K. était « administratrice » des groupes C31K et C7K et ouvrait des appels vidéo pour recruter ; Boran S. menait des attaques par déni de service (DDoS), selon Odatv du 18 avril 2026. L’organisation disposait d’un hymne, le « C7K marşı », diffusé sur Spotify et YouTube. Les membres créaient sans cesse de nouveaux groupes en conservant les sigles C31K et C7K. Le canal « C7k #TEHLİKE » affichait 45 489 membres ; le 24 novembre 2025, un appel à l’action y a été lancé : « Devant une mosquée, un drapeau sera descendu et brûlé, une annonce C7k sera passée depuis la mosquée, un homme sera battu dans la rue, des dénonciations seront déposées contre les familles de soldats tués, des animaux seront suppliciés », selon la même source.

Le parquet a qualifié la structure d’« organisation criminelle d’un genre nouveau », rendue possible par les technologies en ligne et distincte des organisations classiques, selon Odatv du 18 avril 2026. Le groupe principal abritait des sous-groupes aux noms changeants, dont « #şeriat » et « #İsrailsohbet », selon T24 du 17 avril 2026. Un haut responsable de la police a résumé la situation : « Nous sommes face à un terrorisme de la génération Z », selon la même source.

Siverek et Kahramanmaraş : les fusillades d’avril 2026

Le 14 avril 2026, dans le district de Siverek, à Şanlıurfa, Ömer Ket a ouvert le feu au fusil de chasse dans un lycée, blessant 16 personnes avant de se suicider, selon Yetkin Report du 15 avril 2026. Le proviseur avait pris au sérieux les menaces de Ket publiées sur les réseaux sociaux et l’avait signalé à la police ; celle-ci l’avait interpellé la veille de l’attaque, puis relâché, selon la même source.

Le lendemain, 15 avril 2026, à Kahramanmaraş, İsa Aras Mersinli, élève de 14 ans, est entré dans son collège — l’établissement Ayser Çalık d’Onikişubat — avec cinq armes de poing et sept chargeurs dans son sac à dos. Il a tué un enseignant et huit élèves et fait 13 blessés, selon le bilan annoncé le jour même par le ministre de l’Intérieur Mustafa Çiftçi, rapporté par Yetkin Report du 15 avril 2026 ; le bilan s’est ensuite alourdi à mesure que des blessés graves succombaient, et l’attaque est devenue la plus meurtrière de l’histoire scolaire turque, selon Wikipédia (en turc). L’assaillant est mort d’une balle de sa propre arme, sans qu’on puisse encore déterminer s’il s’agissait d’un suicide, a indiqué le gouverneur Mükerrem Ünlüer. Son père, U.M., est un ancien membre des services de renseignement de la police, ce à quoi les enquêteurs ont rattaché l’accès de l’adolescent aux armes.

Après les deux attaques, les canaux Telegram du réseau ont célébré les tireurs et publié dates et localisations pour de nouvelles attaques, selon Hürriyet du 16 avril 2026. « Demain, plein de clients sont arrivés. Nous allons organiser des attaques contre des écoles », a écrit un utilisateur sous le nom de « Barış Çelik », selon la même source. Un autre a ajouté : « Les affaires ont repris. N’importe quelle école peut être prise d’assaut. » Le groupe a aussi diffusé un barème tarifaire pour les attaques.

Le même jour, six enfants ont été interpellés à Istanbul pour des messages désignant un établissement d’Üsküdar, et le canal C31K d’environ 100 000 membres a été fermé, selon Hürriyet du 16 avril 2026. À l’échelle nationale, la Direction générale de la sûreté a annoncé 83 interpellations, 940 comptes de réseaux sociaux bloqués et 93 groupes Telegram fermés. « Communiqué au public avec respect », concluait le texte officiel, selon la même source.

Le rapport « incel » du ministère de l’Intérieur

Le 11 mai 2026, un rapport du ministère de l’Intérieur consacré à « l’influence des réseaux sociaux sur les enfants » a classé C31K aux côtés des groupes « 901 » et « Gülyan », selon Odatv du 11 mai 2026. Le rapport décrit des individus « incapables de communiquer avec le sexe opposé » qui se rassemblent sur Discord et Telegram pour bâtir une culture suprémaciste masculine fondée sur la misogynie et le racisme. Il présente ces groupes non comme de simples déviances idéologiques, mais comme des foyers d’infractions graves contre des enfants : harcèlement, abus sexuel, chantage, fraude à la carte de crédit, cruauté envers les animaux et insultes envers Atatürk.

Les vidéos de torture animale du groupe étaient accompagnées d’un avertissement, rapporté par Odatv du 18 avril 2026, qui indique avoir documenté ces menaces deux ans plus tôt : « Aujourd’hui les animaux, demain vos enfants. »

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Luc Mercer

Luc Mercer

Luc Mercer est un pseudonyme, utilisé pour des raisons professionnelles. Le journaliste qui se cache derrière a passé plus de trente ans dans l'information quotidienne au sein d'un grand média national, avec des affectations à l'étranger en début de carrière. Il est aujourd'hui à la retraite. News of the New World est son registre des événements documentés, vérifiables, et largement absents des cycles d'information qu'il a observés pendant trois décennies. Il écrit ce qui s'est passé, qui en est responsable, et ce que disent les sources primaires — rien d'autre. Plus de détails dans la page À propos et les Normes éditoriales.

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